Les tournois de poker se suivent mais ne se ressemblent pas, ils se ressembleront encore moins avec la décision de PokerStars de changer le nom de l’EPT dont il est parmi les concepteurs. Désormais, il faudra parler de PokerStars.com European Poker Tour et si les anciennes éditions étaient toujours des succès, celles à venir pourraient tout aussi bien être des réussites que des fiascos.
Si à première vue ce changement de nom ne semble pas pour autant être d’une grande importance, il représente tout de même divers aspects qui méritent réflexion. En effet, dans un univers où la concurrence devient de plus en plus rude, une telle décision n’aurait sûrement pas été prise dans la légèreté. Ca doit être le fruit d’une étude réfléchie dont les conséquences risqueraient de surprendre plus tard.
Et pour des tournois d’envergure comme l’EPT, qui a acquis sa maturité au cours des nombreuses éditions qui se sont succédées, chaque édition retient toujours l’attention des passionnés au point où chaque changement, si minime qu’il soit, sera remarqué. En décidant d’apposer le nom de PokerStars.com sur tous les EPT qu’il va dorénavant sponsoriser et organiser, Pokerstars semble vouloir protéger ce qu’il a créé mais en même temps, il voudrait marquer un point contre ses concurrents.
Il fait partie, certes, des sites de poker en ligne qui se portent bien en ce moment et joue même le rôle de leader sur son créneau, mais comme on dit si bien « la meilleure défense, c’est l’attaque », cette décision stratégique pourrait être un coup dur pour ses adversaires. Le message est très clair, maintenant, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. Il estime que désormais où le poker commence à se populariser, il est temps de faire son chemin tout seul car le temps où il y avait un intérêt commun avec les autres sites concurrents est révolu.
Effectivement, il fût un temps où il fallait combiner les efforts pour vulgariser ce jeu qu’est le poker. Les résultats parlent d’eux-mêmes, le virus du poker s’est propagé si vite que certains gouvernements doivent verser dans le ridicule pour tenter de le contrôler. La réaction des autres grands sites, qui ont aussi une notoriété à valoriser, reste encore un mystère. Ce qui est sûr, c’est que les dirigeants de ces sites ne vont pas continuer à promouvoir les évènements EPT car ils ne feront que consolider la puissance de Pokerstars en agissant ainsi.
Une alliance serait beaucoup plus que probable, et de cette alliance découlera un nouveau tournoi ayant les mêmes cibles que l’EPT. Ce qui serait une bonne chose pour l’univers du poker dans la mesure où les joueurs auront plus de tournois et de rencontres. Mais par contre, la création d’autres tournois du même genre pourrait aussi nuire à l’évolution du poker si les tournois perdent en qualité. En effet, ayant l’embarras du choix, certains joueurs devront choisir les tournois auxquels ils vont participer faute de temps ou de moyens, car il ne faudrait pas oublier que participer aux tournois nécessitent des investissements de leurs parts, les buy-in initiaux notamment.
La solution serait que désormais les sites de poker aient des équipes qui devront plus s’apparenter aux clubs de football ou d’autres disciplines sportives, que de nouvelles structures soient mise en place pour gérer les tournois nationaux et internationaux. Avec de bonnes fédérations au niveau de chaque pays, la mise en place d’une unité européenne serait plus facile et le poker serait mieux apprécié dans sa valeur stratégique et ludique. Mais pour qu’une telle solution ne demeure pas utopique, il faudrait d’abord qu’au moins tous les états européens se mettent au diapason en ce qui concerne leurs législations des jeux d’argent aussi bien réels que virtuels. De plus, cette solution pourrait aussi d’un côté alléger les divers états européens qui garderont les taxes et impôts qui leur sont si importants tout en laissant aux fédérations la lourde tâche de gérer ses ouailles.
Au niveau européen, cette déclaration de guerre et d’indépendance de PokerStars est bon signe. Ce changement est la preuve que malgré les restrictions dont il est encore victime dans certains pays, le poker est en bonne santé. Sur l’échiquier mondial, cette nouvelle peut changer la donne si les Etats-Unis ne réagissent pas. Effectivement, les joueurs professionnels risquent d’être plus présents sur le sol européen que dans les salles et casinos américains. Le fait est qu’à cette allure, les gains pouvant être accumulés avec les tournois organisés en Europe pourraient les suffire pour assurer une saison entière. Par contre, si les américains bougent en commençant par supprimer l’UIGEA, le poker se fera une nouvelle santé dans son pays natal et les Etats-Unis redeviendront l’Eldorado des sites de poker en ligne.
Ce nouveau souffle américain tant attendu par tous pourrait naître d’ici peu car beaucoup d'électeurs misent sur le résultat de l’élection présidentielle qui se fera d’ici quelques jours. En cas de victoire de Barack Obama, les joueurs espèrent que cette fichue loi qui gène tant sera liquidée illico presto. Et si les américains attendent avec impatience ce moment, les opérateurs y attachent aussi une grande importance car la stratégie future dépendra pour beaucoup du dénouement de cette élection. Ce qui pourrait expliquer le silence des concurrents de PokerStars, car pour l’instant le marché européen est certes le plus important mais en cas d’ouverture du marché américain, la ruée vers l’or reprendra des plus belles et les efforts devront être concentrées là-dessus étant donné que la bataille sera rude. La seule chose qui pourrait vraiment faire obstruction à cette ouverture du marché américain pourrait être cette crise financière mondiale dont les Etats-Unis sont les premières victimes. Mais gageons que les futurs dirigeants ne puissent pas en faire une excuse pour maintenir ainsi leur marché.
Pour ce qui est du cas de PokerStars, la décision revêt d’une grande importance car il y joue son avenir. A trop vouloir mettre la pression sur ses concurrents, il risque d’y laisser des plumes si les autres s’allient contre lui. Pour ce qui est du marché américain, il pourra toujours être dans la course malgré cette décision car ce rebranding n’aura certainement pas nécessité la mobilisation d’un gros budget d’investissement de leur part.