Le tête à tête est un exercice particulier et incontournable dans la vie du joueur de poker. Nous allons essayer, au cours de cet article, d’en décrire les enjeux et les subtilités.
Tout joueur se considérant comme complet, doit savoir gérer cette discipline à part entière, et ce, même s’il pratique exclusivement les tournois multi-tables…
En effet, toute victoire dans un tournoi, passe par un duel final. Il serait fâcheux de bien négocier toutes les étapes menant à ce face à face, et de s’écrouler si près de la consécration. Pour éviter de telles déconvenues, il n’y pas de secret, seul l’entraînement paye.
Le tête à tête permet également de jouer de nouvelles mains, d’utiliser celles qu’on a coutume de jeter. Avec un seul adversaire en face, les cartes n’ont pas la même valeur.
Ainsi, des as ou des rois mal accompagnés, de petites cartes de la même couleur, une bottom pair (paire la plus basse du flop) peuvent se révéler diablement efficaces.
Lors d’un duel, un joueur de poker ne peut pas se contenter d’attendre d’être grassement servi, il est obligé d’agir pour ne pas se retrouver asphyxié, du coup, il apprend à se servir de toutes les mains. Et c’est forcément bénéfique pour le niveau général de son jeu.
On peut prolonger l’argument précédent, en insistant sur le fait qu’il est important pour un joueur de varier les parties, de ne pas se laisser enfermer dans une routine.
Alterner cash game et tournois, Texas Hold’em et autres variantes de poker, online et tables « réelles », joutes contre des joueurs experts mais aussi parfois contre des débutants aux profils déroutants, multi-tables à 6, à 10, ou en duel.
Bref, tout ce qui peut permettre à un joueur de développer sa faculté d’adaptation, et l’empêcher de tomber dans un système répétitif dans lequel il jouerait tout le temps les mêmes mains et miserait de la même façon ; accélère indiscutablement sa progression. Pratiquer de temps en temps le duel est une excellente façon de s’imposer une mise en question bénéfique.
En outre, lors d’un tête à tête au poker, on joue énormément de mains. Le rythme y est beaucoup plus effréné, plus intense qu’en tournoi. On ne peut pas se « reposer » nerveusement après un gros coup, en laissant passer le suivant. Il faut de suite remettre le pied à l’étrier.
Voilà qui permet d’étoffer son endurance et sa capacité de concentration. Et puis c’est bien pratique si on a peu de temps devant soi et qu’on veut assouvir une irrépressible envie de jouer… pas besoin en l’occurrence, d’attendre une heure que ce soit à son tour de passer à l’action… lors d’un duel au poker, on joue tout le temps !
Certains joueurs ont fait du face à face leur spécialité. Ils ne jurent que par ce mode de jeu, dans lequel ils se sentent davantage maîtres de leur destin, et moins exposés aux bad beats et aux accidents (ils pensent -pas forcément à tort d’ailleurs- qu’à une table de 10 joueurs, il y aura toujours un fou imprévisible ou un type terriblement chanceux, pour les contrarier ! Du coup, ils écument, sur le net notamment, les tables réservées au tête à tête.
Les meilleurs d’entre eux, parviennent à rendre cette discipline lucrative. Pour amasser un revenu limité (pas de pactole en vue lors de duels, puisqu’on ne peut qu’y doubler sa mise) mais régulier, il leur « suffit », sur le long terme, d’enregistrer un taux de victoire d’environ 60%.
Les salles de poker s’octroyant une commission sur chaque partie, 50% de victoires ne leur suffisent pas pour rentrer dans leurs frais. Toujours est-il que cela reste dans le domaine du réalisable pour un bon joueur.
Attention, ce qui est valable dans un sens, l’est aussi dans l’autre, il vaut mieux ne pas pratiquer uniquement le tête à tête, sous peine de faire stagner son style de jeu ; d’autant plus, que ce mode de jeu particulier, recèle de frustrations et de désillusions qui lui sont propres.
En effet, il n’est pas rare de voir une situation se décanter lorsque les deux joueurs touchent en même temps un gros jeu, et vont tout deux à tapis. Celui qui a à peine un peu moins que l’autre, n’a pas grand chose à se rapprocher… sa défaite est inévitable et cruelle.
De même, il peut être frustrant en tête à tête d’ouvrir un jeu « monstre », et de se voir dans l’impossibilité d’en tirer quelque chose, parce que l’adversaire n’a strictement rien en main, et qu’il a décidé de ne lâcher aucun jeton. Voilà deux schémas de jeu parmi d’autres, inhérents au duel, générateurs de colère et de frustration.
En résumé, le tête à tête est un exercice incontournable du poker, que tout joueur complet se doit de maîtriser. De longues heures d’entraînement sont nécessaires pour l’aborder le mieux possible.
Et même si sa réalité n’est pas toujours rose, car il génère bon nombre de frustrations et d’injustices, il est impératif, pour qui veut améliorer son niveau de jeu général, de s’y frotter une fois de temps en temps, afin d’appendre à utiliser toutes les cartes, de parfaire son endurance et sa concentration, et afin d’éviter toutes déconvenues le jour d’une finale en tournoi…