Les progrès techniques et scientifiques n'ont jamais cessé d'évoluer au fil de l'histoire. L'informatique est certainement le domaine où les chercheurs ont le plus avancé. Les programmes sont désormais présents partout de nos jours jusque dans le monde du poker, où ils semblent plus que jamais occuper une place prépondérante.
La première compétition de poker entre ordinateurs s'est tenue fin Juillet 2006 à Boston à l'occasion de la conférence annuelle de l'AAAI (Association Américaine de l'Intelligence Artificielle). Elle fût remportée par l'équipe de l'Université canadienne d'Alberta et leur programme nommé "Hyperborean". Il y avait aussi "GS2" de l'Université américaine Carnegie Mellon, "Monash BPP" de l'Université australienne de Monash, ainsi que "BluffBot" développé par le californien Teppo Salonen et "Teddy" du danois Morten Lynge.
Le programme vainqueur "Hyperborean" équipe depuis Juin 2006 la salle d'entraînement de Party Poker et le jeu "Stacked with Daniel Negreanu". Une de ses versions a aussi été commercialisée pour donner le fameux "Poker Academy".
Le finlandais Teppo Salonen a amélioré les résultats de son programme car c'est "BluffBot 2.0" qui a remporté le tournoi en 2007, laissant la seconde place à "GS2" et la troisième à "HyperBorean07".
Ces logiciels sont créés et testés par des hommes. Ils présentent donc des failles que les programmeurs essaient sans cesse de maîtriser. Pourtant, les professionnels tels que Jay Corder, le partenaire d'entraînement de BluffBot, s'accordent à dire que les machines ne sont pas assez avancés pour battre régulièrement des joueurs de poker expérimentés. Il classe cependant le programme parmi les joueurs semi professionnels. Ce dernier reste néanmoins le meilleur robot au monde aujourd'hui.
Le programme n'est heureusement pas ouvert au public. Il est strictement réservé à leurs propriétaires et créateurs. Les universités détentrices travaillent actuellement d'arrache pied pour fournir des programmes toujours plus performants.
Dans un document intitulé "Le défi du poker", l'équipe de l'Université d'Alberta précise que les recherches menées pourraient avoir d'importants impacts dans divers domaines. Le poker pourrait ainsi leur servir de laboratoire pour mener des tests sur la connaissance par la probabilité, sur la gestion des risques ainsi que sur le bluff.
De plus, elles trouvent une utilité dans le développement des outils de modélisation des opposants et pourrait à terme améliorer l'état des connaissances sur la prise de décisions dans le monde réel.
L'équipe de chercheurs d'Alberta est menée par Jonathan Schaeffer qui détient une chaire de sciences informatiques à l'université canadienne. Cet homme est particulièrement connu car il est l'auteur du programme "Chinook", premier simulateur de jeu d'échecs entré en compétition pour la première fois contre des joueurs de haut niveau au début des années 90.
Après 18 années de développements informatiques, l'équipe a annoncé avoir résolu le problème en ayant créé un logiciel capable d'analyser chaque situation et de prendre la meilleure décision sur un échiquier.
On repensera ainsi au logiciel "Deep Blue" d'IBM qui a battu lors d'un tournoi d'échecs, le champion du monde de l'époque en 1997 Garry Kasparov.
Cependant le poker est une autre affaire. La différence entre les deux jeux réside dans le fait que les échecs est un jeu de connaissance parfait dans le sens ou rien n'est caché aux joueurs selon Schaeffer, et que le poker est une tâche plus difficile pour les joueurs au niveau de l'intelligence artificielle puisqu'on ne connaît pas les cartes distribuées ni celles de son adversaire.
Le 23 Juillet 2007 s'est donc déroulé le premier tournoi Homme / Machine, opposant les joueurs professionnels californiens Phil Laak et Ali Eslami contre Polaris, un nouveau logiciel simulateur développé par l'Université canadienne d'Alberta. Le match s'est déroulé à l'Hôtel Hyatt Recency à Vancouver au Canada lors du meeting de l'AAAI où les deux joueurs ont fini par battre le programme le Mardi 24 Juillet à l'issue de deux jours de compétitions et de quatre sessions de jeu.
Polaris, développé par le département de recherches en sciences informatiques (CPRG) ainsi que par le fameux professeur Jonathan Schaeffer, a rendu la tâche difficile aux deux professionnels du poker. La match fût très serré et l'ordinateur a bien failli l'emporter mais l'intelligence humaine a finalement eu raison de l'artificielle.
Comme le professeur l'explique sur le site Internet du Championnat, le poker offre une étude intéressante pour la recherche car son contenu est incertain et l'incertitude est un état qui prévaut dans le monde réel et auquel l'intelligence est confrontée.
Les nouvelles technologies n'ont donc pas fini d'évoluer et de progresser. L'être humain reste néanmoins maître et la machine esclave dans le monde du poker, car à ce jour aucun programme n'a réussi à battre un joueur de classe internationale. Les joueurs restent donc actuellement les plus intelligents malgré le bluff des programmes de nos jours incorporé à leur code, et le fait qu'il n'existe pas de "tells" vu sous l'angle des machines (comportements tels que les gestes ou les intonations qui peuvent trahir un joueur et donner des informations à ses adversaires).
L'intelligence artificielle a donc un bel avenir devant elle. On espère seulement qu'elle ne conduira pas à ce que l'on a pu voir dans le film "I-Robot"... En attendant, rien ne vaut un bon entraînement dans une salle de poker en ligne !