La Française des Jeux et ses 40.000 casinos "légaux"...
Source: Blog Casino Poker - Article rédigé par: Blog Casino Poker (Sébastien Turay - Livre: Jackpot de l'Etat)
Une petite épicerie au coin d'une rue tranquille. Les cartes postales côtoient les boites de petits pois, les salades ne sont pas très loin des journaux. A coté de la caisse, un comptoir transparent laisse entrevoir des dizaines de jeux de grattage. Chaque article acheté dans le magasin est l'occasion de s'offrir un ticket à gratter. Le comptoir de la FDJ est l'une des meilleures trouvailles marketing de l'entreprise.
Les petites épiceries sont désormais devenues les casinos locaux. Les commerçants qui les gèrent touchent 5% des ventes, soit la somme non négligeable de 5000 € par an. Cela pourrait quasiment s'apparenter à une subvention pour le maintien du commerce en zone rurale. La Française des Jeux viendrait donc suppléer aux carences de l'Etat dans l'aide au petit commerce de proximité ? Etonnant...
Très peu de stock à gérer, pas d'avance de trésorerie, peu de contraintes grâce a l'outil informatique, le commerçant passe généralement sa commande au courtier qui le livre le Lundi et qui repasse le Jeudi pour se faire payer. Les tickets à gratter, le Loto, l'Euro Millions, les paris sportifs ou encore le Rapido sont toutes des activités intéressantes pour ceux sui souhaitent franchir le pas. L'an dernier l'entreprise a ainsi reversé 475 millions d'€uros à l'ensemble de ses distributeurs. Soit en moyenne 11.000 € par point de vente mais avec des disparités énormes, de quelques milliers à quelques centaines de milliers d'€uros par an.
En parlant de chiffres, la Française des Jeux est de loin la première entreprise pour la taille de son réseau de distribution s'élevant à 40.000 revendeurs (la France compte 36.569 communes). Impossible donc d'échapper aux jeux de grattage ou de ne pas trouver un point de validation du Loto même dans les coins les plus reculés.
Cela représente 1 point de vente pour 1000 habitants. Une densité commerciale exceptionnelle. Les commerçants ont donc vite compris l'intérêt qu'ils avaient à vendre ces précieux jeux, leur proposant une rémunération intéressante. Toutefois, les 5% de commission offerts par la FDJ restent inférieurs à ce qui se fait dans les autres pays d'Europe, où l'on recense des taux de 6% et plus...
Selon la direction de la FDJ, les bénéfices des commerçants ne représentent qu'un simple "revenu de complément", en moyenne 20% de leur chiffre d'affaires. Ainsi, selon les statistiques communiquées par l'entreprise, 15.527 points de vente ont perçu une commission annuelle de 10.000 € et plus alors que 11.549 points de vente ont reçu une commission annuelle de 14.000 € et plus. Des sommes qui paraissent raisonnables et qui représentent entre 800 et 1200 € de revenus supplémentaires par mois pour un revendeur.
Sauf que... si l'on affine ces chiffres officiels, une autre réalité apparaît. Les recettes moyennes annuelles pour un revendeur qui ne distribue que des jeux de grattage sont de 13.800 € en moyenne. Pour un café bar brasserie qui ajoute à ses jeux le Rapido, on passe à 22.000 €. Mais la FDJ omet dans ses chiffres d'indiquer combien gagnent les 13.000 revendeurs restants.
Afin de le savoir, il suffit de suivre l'activité d'un bar qui propose à la vente des jeux de grattage et le Rapido. Pour ce dernier, il est facile de savoir combien de joueurs ont donné en regardant un ticket de jeu acheté en fin de journée.
Dans ces établissements, on enregistre en moyenne 600 jeux par jour. Mise minimum 2 € (en fait 1 € mais la majorité des joueurs mise sur les deux tirages consécutifs). Au moins 1200 à 1500 € par jour sont donc dépensés pour ce jeu. Sans compter le grattage qui lui attire près de 300 joueurs en une journée. Soit un chiffre d'affaire pour les jeux de grattage de 300 à 1000 € en fonction des jeux et du nombre de tickets achetés. Chiffre d'affaire global estimé : 2000 € par jour.
En enlevant les vacances et les quelques jours fériés de l'année, le chiffre d'affaire généré s'élève à 680.000 €uros pour 340 jours rien que par la vente des jeux de la FDJ. Le commerçant en récolte 5% soit 34.000 €. Il existe des endroits, outre ce type de bars, qui doivent rapporter bien plus à la Française des Jeux et à leur propriétaire. On les reconnaît facilement dans certains quartiers des grandes villes. De loin, grâce à leur enseigne bleu et blanc "Française des Jeux", imposée à tout revendeur, ainsi qu'à leur vitrine aux couleurs de l'entreprise.
Des affiches vantent les super cagnottes ou les bienfaits des jeux de grattage. Des chèques géants annoncent les sommes décrochées par les gagnants aux différents jeux. A l'intérieur, des joueurs. Il jouent au Rapido, prennent des tickets de grattage. Le commerçant, pour augmenter encore son chiffre d'affaires, propose aussi les jeux du PMU. L'ambiance est survoltée. Trois téléviseurs côte à côte. Un pour le Rapido, un pour une course hippique et un autre pour les résultats.
Ce n'est pas anecdotique, ces commerces pas comme les autres sont devenus de véritables salles de jeu. Ils ne craignent pas la concurrence des quelques 200 casinos répartis en majorité dans les villes d'eaux, les stations touristiques et quelques grandes villes. Ces " Top casinos " officiels de la Française des Jeux et du PMU ne demandent ni contrôle à l'entrée ni personnel compétent, et rapportent énormément aux commerçants.
Les jeux semblent y avoir détrôné le commerce de tabac et de journaux. Ils font désormais partie intégrante de nos paysages sans que personne y trouve à redire. Et sûrement pas ceux qui s'enrichissent grâce à ces substituts de casinos, à commencer par l'Etat ; les joueurs eux, ayant peu de chance d'y faire fortune...