Source: Blog Casino Poker - Article rédigé par: Blog Casino Poker (Sébastien Turay, journaliste)
Chaque seconde, 1000€ sortent du porte-monnaie des Français. Cet argent n'est ni destiné à rembourser la dette de la France, ni même à reboucher le trou de la sécu et encore moins à financer les retraites. Il est destiné aux jeux d'argent. Les caisses des sociétés se remplissent à la vitesse de 67.000€ par minute et chaque heure, 4 millions d'€uros viennent alimenter le secteur sans que l'on s'en aperçoive.
Les quelques 92 millions d'€uros quotidiens qui finissent dans les caisses des puissantes sociétés ne sont qu'un ordre d'idée de la grandeur et de l'influence qu'elles ont sur la société elle-même. On les imagine nombreuses mais elles ne sont en fait que quelques unes à se partager la part du gâteau. Tout cet argent a été dépensé par la moitié des Français en échange de produits et de services, ou plutôt de rêves, qui ne coûtent pas cher... du moins en apparence. Ainsi, un ou deux €uros suffisent à espérer une fin de mois moins difficile, un voyage au bout du monde, une voiture ou encore une vie loin de toute contrainte matérielle.
Ces rêves tiennent à peu de choses : à des billets que l'on gratte, des chevaux, des machines avec des symboles ou des tickets que l'on coche. Pourtant, tous ces jeux d'argent n'ont qu'un seul but : nous faire rêver ! Et toutes ces petits €uros rejoignent chaque jour le flot continu d'argent qui remonte vers les trois pourvoyeurs de jeux en France : les casinos, le PMU et la Française des Jeux.
Si cet argent allait directement dans les caisses de l'Etat, nous serions un des pays les plus dynamiques du monde. Les joueurs ont dépensé l'an dernier près de 36 milliards d'€uros, autant que ce que l'investissement de l'Etat pour la défense de notre pays. Les chiffres de 2006 sont éloquents : 8 milliards d'€uros misés dans les paris hippiques, 19 milliards dans les casinos de l'Hexagone et 9,5 milliards dans les points de vente de le FDJ. L'Etat y trouve son compte sans le moindre effort : systèmes de taxes, droits de timbre, prélèvements sociaux ou encore TVA et autres impôts. Au bas mot, 5 milliard d'€uros ont alimenté son budget l'an dernier.
Pourtant, le secret est bien gardé : seul le ministère des Finances est capable de communiquer les chiffres exacts des prélèvements, et il se garde bien de le faire. Le secteur des jeux d'argent est tabou. En effet, alors que toutes les opérations publiques sont contrôlées par le Parlement, ce dernier sort complètement de ses compétences. Ni le Sénat ni l'Assemblée Nationale n'ont leur mot à dire sur la politique des jeux en France. Dans un pays démocratique, cela reste néanmoins curieux.
En effet, il y a presque deux siècles, fût votée une loi, prohibant tous les jeux d'argent et les loteries en France. Cette loi française du 21 Mai 1836 est toujours en vigueur. A l'époque, son but était de moraliser la population et d'empêcher l'espérance de gain via le hasard des loteries et autres jeux. Pourtant, il y a un grand paradoxe en France aujourd'hui : le gouvernement et la justice brandissent cette loi à la moindre initiative privée alors que les jeux d'argent n'ont jamais été aussi nombreux sur le territoire. C'est donc un comble : les jeux de hasard qui l'an dernier ont rapporté 36 milliards d'€uros, sont en réalité strictement interdits. Pourtant, il n'y a aucune erreur selon l'Etat.
En effet, ce dernier s'est octroyé bon nombre de dérogations à cette loi. Mais ces actions ne concernaient que des actions de bienfaisance telles que la loterie pour le "sauvetage de l'enfant" ou "l'encouragement des arts". Dans le même temps, il autorisa discrètement les maisons de jeu, et les casinos firent modestement leur apparition. Un évènement majeur bouleversa cependant l'ordre établi et le jeu d'argent en France : la Première Guerre Mondiale. De cette guerre est né une entreprise, créée sur mesure pour remplir les caisse de l'Etat et profiter de la reconstruction du pays, malgré les lois de la République française. C'est donc cette manière qu'un véritable monopole sur les jeux d'argent a été instauré.
Année par année, le jeu s'immisça finalement dans la vie des français. Aujourd'hui, ils n'ont jamais autant joué qu'avant. Le chiffre d'affaire du PMU, des casinos et de la Française des Jeux a explosé ces dix dernières années. Toutes les classes de la société y passent, mais les plus touchés restent les revenus faibles. Le RMI part souvent dans les jeux donc aussi a l'Etat, lui-même donateur de ces aides. Une sorte de grosse boucle dans l'absolu en quelque sorte. La Française des Jeux est le meilleur symbole de la réussite française dans le domaine du jeu ainsi que le symbole des besoins de l'Etat en financement. C'est pourquoi elle est particulièrement intéressante malgré que le PMU et les casinos terrestres soient des secteurs tout aussi passionnants.
Cette grosse pompe à finances qu'est la Française des Jeux est une entreprise unique au monde. Elle a en effet un statut hors du commun : elle est majoritairement contrôlée par l'Etat, les comptes sont contrôlés par l'Etat, le bénéficiaire principal est l'Etat, et son principal actionnaire public est : l'Etat. Pourtant il ne s'agit pas d'un service public. Non, puisque le jeu est interdit en France !
La France, qui impose des mesures très restrictives aux casinos, fait preuve d'un laxisme total quand il s'agit de réglementer les jeux qu'elle met sur le marché : les jeux de la FDJ sont interdit aux mineurs depuis le 1er Juillet 2007 seulement. Cette situation originale irrite quelque peu la Commission Européenne de Bruxelles, considérée comme abusive. L'Etat se défend en prétendant protéger les joueurs par son monopole. Ses offres et ses publicités sont pourtant omniprésentes.
L'Etat peut-il à la fois interdire le jeu et en être le principal investigateur ? Peut-il moraliser le secteur tout en offrant toujours plus de jeux dont certains ont démontré leur caractère addictif (à l'image du rapido, ce jeu dévastateur) ? Ses questions contrarient la Commission de Bruxelles car elle rentre en contradiction avec les lois de l'Union Européenne. Le sujet reste donc très délicat et toujours d'actualité. Les hommes politiques se voient aujourd'hui contraints de rendre des comptes...