Ce qui fut jadis l’une des plus importantes sociétés de paris sportifs en ligne, en l’occurrence la société britannique BetonSports, s’est retrouvée sous le collimateur de l’impitoyable justice américaine à travers 22 chefs d’accusation, dont l’évasion fiscale. Les faits : Tout a commencé par l’injonction émanant des autorités américaines de faire fermer le site sur lequel BetonSports exerçait ses activités.
S’ensuivra une série d’arrestations, à commencer par celle d’un certain Gary Kaplan, qui n’est rien moins que le fondateur de la dite société et encore détenu actuellement. Son frère, Neil Scott Kaplan, quant à lui, sera interpellé en Floride. Puis vint le tour de son Directeur Général, David Carruthers, qui a été arrêté sur le sol américain (à l’aéroport de Dallas), alors qu’il était en partance pour le Costa Rica, pays où se trouve le siège officiel de BetonSports.
Par ailleurs, dix autres individus ainsi que trois autres sociétés – toutes appartenant à la Kaplan Gambling Enterprise (Direct Mail Expertise, DME Global Marketing and Fulfillment, Mobile Promotions) – se retrouvent inculpés dans cette affaire pour escroquerie, conspiration et fraude. Peu après son interpellation, Carruthers avait été démis de ses fonctions par ses co-directeurs qui – sentant que cette affaire leur sera préjudiciable – avaient alors décidé que BetonSports allait plaider coupable. Jusqu’à l’heure actuelle, il est toujours détenu dans sa prison civile de St Louis, là où se trouve sa résidence même. Le Ministère de la Justice américain ordonne entre autres à BetonSports la restitution des mises aux joueurs (elles représenteraient un volume de 1,77 milliards de Dollars), mais il compte également réclamer un sacré pactole estimé à 4,5 milliards de Dollars en guise de réparations financières.
Des aveux compromettants : L’affaire BetonSports va connaître un tournant plus ou moins décisif quand trois habitants de la Floride ont décidé de passer aux aveux, en plaidant coupables à des accusations en rapport avec de la publicité. Ces dits aveux sont rapportés dans un article du St. Louis Post-Despatch, le journal qui suit de près cette affaire depuis l'arrestation du PDG David Carruthers.
On peut y lire entre autres les aveux d’un certain William Hernan Lenis – propriétaire de deux sociétés inculpées dans l’affaire – et des membres de sa famille (son fils, sa fille et son neveu) qui ont donc travaillé plus ou moins directement avec BetonSports à travers ces dites sociétés. William H. Lenis a par exemple avoué avoir transporté du matériel de jeu entre différents Etats et envoyé des camping-cars arborant des publicités pour des évènements sportifs à travers le pays, afin de promouvoir BetonSports, recruter de nouveaux joueurs et rassembler des signatures pour faire changer les lois sur le jeu d'argent.
Selon lui, les véhicules en question étaient équipés d'ordinateurs et de téléphones mobiles pour permettre ainsi aux nouveaux joueurs recrutés de placer leurs paris en ligne. Et lui de poursuivre que sa société Direct Mail Expertise avait envoyé entre 2 et 3 millions de publicités par an pour BetOnSports entre 2000 et 2006, puis traité directement avec Neil et Lori Kaplan, des proches de Gary Kaplan.
Un autre aveu frappant est celui du neveu Manny Lenis qui a reconnu n'avoir jamais payé de taxes sur les paris enregistrés, et avoir accepté lui aussi un pari d'un policier infiltré. Cependant, malgré la teneur accablante de ces aveux, l’avocat de Gary Kaplan, Chris Flood, relativise en affirmant que ceci n'aura aucun effet sur la défense de son client. Et lui de poursuivre : « (…) nous comprenons pourquoi la famille Lenis se sentirait contrainte de passer aux aveux. »
Le « Wire Act », le bât qui blesse : L’interpellation de Carruthers est intervenue, juste au moment où la Chambre des Représentants avait adopté une proposition de loi visant à interdire les jeux d'argent en ligne dans leur ensemble. En effet, depuis 1997, un sénateur républicain de l'Arizona, Jon Kyl, n’a cessé de faire passer cette proposition de loi, et au final, force est de constater qu’il a réussi. Et étant donné que les parquets américains sont très politisés, il est donc très probable qu'il y ait un lien de cause à effet entre ce vote et cette arrestation. Soulignons que des actions judiciaires ont déjà été intentées en matière de jeux en ligne avant l’adoption de cette loi, et elles reposaient toutes pour la plupart sur la loi : le « Wire Act ».
Datant des années 60, cette loi interdit l'organisation de paris sportifs par téléphone (par "fil" ou "wire") entre Etats ou depuis l'étranger. Autrement dit, elle interdit à tout bookmaker détenant une licence d'un Etat B de prendre des paris sportifs dans un Etat A, chaque Etat disposant de ses propres règles en matières de jeux en ligne (casinos ou paris). Elle empêche aussi toute société étrangère de prendre des paris en ligne auprès de citoyens résidant sur le sol américain.
Puis, par extension, cette loi a été appliquée aux jeux d'argent en ligne. L’existence d’une jurisprudence en matière de paris en ligne a incité bon nombre de sociétés de paris sur internet, à l’instar de SportingBet, à exclure les paris sportifs de leurs activités aux Etats-Unis. En effet, les dirigeants de tels sites risquent gros, jusqu'à plusieurs années de prison ferme. Et apparemment, c’est le sort que la justice américaine souhaite infliger à David Carruthers et consorts, pour servir d’exemple.
Un coup fatal : L’envergure de cette affaire fut telle qu’après l’annonce de la fameuse arrestation du PDG de BetonSports, les cours de Partygaming et de SportingBet, cotées à Londres, ont chuté respectivement de 22 % et de 45 % en deux jours. De plus, elle porte un coup fatal au secteur des jeux en ligne qui réalisent une grosse partie de leur chiffre d'affaires aux Etats-Unis, à l’instar de PartyGaming dont 84 % des revenus en 2005 étaient issus de la clientèle américaine de poker et casino. Par ailleurs, les sites qui jusqu'à présent tiraient profit du flou législatif autour de la légalité des paris en ligne aux Etats-Unis, seront plus que jamais inquiétés et devront redoubler de prudence. Néanmoins, cette affaire ne devrait pas avoir de conséquences - autres que boursières - sur l'industrie du jeu en Europe, si l’on se réfère aux propos de Thibault Verbiest, avocat aux barreaux de Paris et de Bruxelles, et spécialiste des questions de jeux en ligne. Et n'oublions pas, Obama aime le poker !