Devant le succès grandissant des jeux d'argent en ligne auprès des internautes, le gouvernement argentin a pris les devant en proposant une loi pour essayer d’endiguer ce phénomène au niveau du pays. Dans cette perspective, l’Argentine emboîte donc le pas aux Etats-Unis, qui, rappelons-le, sont les initiateurs du désormais fameux Unlawful Internet Gambling Enforcement Act (UIGEA).
A savoir quand même que Bruxelles, donc l'Europe, envisage à ce sujet, à l'encontre des USA, une plainte qui risque fortement de faire bouger le gourvernement Américain dans le bon sens.
Origine : Selon les hommes politiques initiateurs de cette loi, sa mise en place s’explique par le fait que l’administration argentine n’est pas assez entreprenante dans la prise en charge des problèmes pouvant être engendrés par les jeux de paris sportifs. De plus, il paraîtrait que des failles existent au niveau de la législation nationale sur les jeux d’argent, et que les autorités locales n’ont pas encore réussi jusqu’à présent à combler. D’où toute l’importance de cette nouvelle loi...
Contrôler et préserver : Derrière cette loi, deux noms apparaissent, un certain Luis Albertos et la député Liliane Pani. Et le premier de déclarer : « Nous comprenons que le jeu fait partie du comportement normal et est en augmentation auprès des internautes, mais le fait que nos citoyens aient accès à cette méthode de jeu ne veut pas dire que l'Etat doit renoncer à ses possibilités de contrôle et de limitation. ». En d’autres termes, l’Etat argentin veut exercer un contrôle total sur les activités liées aux jeux d’argent en ligne (les casinos, les paris sportifs et le poker en ligne).
Il faut dire que l’enjeu est de taille car les autorités du pays se donnent pour mission de préserver certaines valeurs qu’elles jugent fondamentales et menacées en cas de recrudescence des jeux de paris sportifs en ligne. Ces valeurs se rapportent à la santé publique, l’ordre public et la protection des mineurs.
En pratique : D’une manière concrète, cette nouvelle loi demandera (ou obligera) aux opérateurs de télécommunication, notamment les FAI (Fournisseurs d’Accès Internet), de filtrer l’accès à tous les sites proposant des jeux de paris sportifs en ligne : poker, casinos et betting. En réalité, aucun choix n’est donné aux FAI, car il s’agit d’une injonction émanant du gouvernement argentin lui-même.
De ce fait, des mesures punitives frapperont les récalcitrants, allant de simples amendes pour les cas les moins graves jusqu’à des peines d’emprisonnement pour les infractions les plus graves. En ce qui concerne les pénalités financières, elles correspondent à 10 ou 20% des paris effectués, et ce, dans toute la province de Buenos Aires. Belle démocratie l'Argentine !
Elle emboite le pas par la répression comme aux USA dont les banques elles-mêmes n'ont même pas pu stopper les flux financiers vers les sites de jeux. Un nombre considérable d'américains encore à ce jour affluent sur les sites de jeux d'argent, notamment sur le site de poker FullTilt. Alors que dire d'une telle répression idiote qui se révèlera aussi inefficace qu'au pays de l'Oncle Sam ?
Prohiber ou réguler : un dilemme de taille... Ce cas de l’Argentine remet à nouveau sur le tapis l’interminable débat entre les partisans de la prohibition d’une part, et ceux de la régulation d’autre part. Quoiqu’il en soit, c’est un dilemme de taille, à la mesure des enjeux financiers pour les deux camps respectifs.
Politique de régulation : Elle consiste à mettre en place des dispositions législatives qui visent à créer, d’un côté, un juste équilibre entre la nécessité de protéger le public des effets néfastes des jeux d’argent, et de l’autre, le besoin de légitimer et légaliser l’exercice d’une activité purement commerciale. En cela, c’est une mesure beaucoup plus souple.
Le Royaume Uni constitue une illustration adéquate dans la réussite de cette politique. En effet, la régulation est un moyen de s’assurer que les opérateurs de jeux de paris en ligne assument leur responsabilité, et partant, de garantir la probité des jeux dans l’intérêt des parieurs. Pour cette raison, la politique de régulation est une mesure intelligente et responsabilisante.
Politique de prohibition : Beaucoup moins nuancée voire radicale, la prohibition considère toutes les activités associées aux jeux d'argent comme un acte criminel. Pourtant, toutes les bourses financières du monde entier sont basés aussi comme un jeu ! Mais là, il n'y a pas de notion de criminalité...Un comble...! Par conséquent, les opérateurs sont surcontrôlés et soumis à une régulation importante. Ce qui a tendance à décourager les opérateurs formels.
Rappelons-nous ce qui est survenu récemment aux Etats-Unis, avec l’éviction de deux grosses pointures des casinos en ligne du marché américain, à savoir : 888 Casino et Party Casino. Ceci fut l’œuvre de l’UIGEA. Seulement, cette mesure se voulant être radicale n’a pas eu les effets escomptés. Au contraire, la brèche que les deux sociétés ont laissée sur le marché, après leur éviction, a favorisé l’implantation des offres souterraines voire informelles. Dans cette histoire, là où le bât blesse, c'est que les conséquences sont ironique et prévisible, c'est-à-dire que les utilisateurs américains sont beaucoup moins protégés qu'avant l'instauration du UIGEA.
Force est alors de constater que la prohibition n’est pas aussi efficace qu’on pourrait le croire. En effet, d’après ce que l’on a vu avec le cas américain, l'interdiction des casinos en ligne licenciés et contrôlés n’a fait qu’accroître le nombre des opérateurs travaillant dans l'illégalité et en l'absence de tout contrôle. Ceux qui sont lésés au final, sont évidemment les joueurs qui se retrouvent à la merci d'opérateurs véreux, sans possibilité de recours légal à la justice en cas de fraude. En d’autres termes, contrairement à la politique de régulation, le parieur s’aventure dans un terrain miné, à ses risques et périls, où les tentatives de triche ne sont pas négligeables et où la probité des jeux n’est plus totalement garantie. Encore une fois donc, le radicalisme a pris le dessus sur la flexibilité.