Les accros du jeu bientôt examinés à la loupe...Un centre de recherche va ouvrir ses portes à Nantes en 2008. Le nombre de joueurs compulsifs est estimé à environ un million en France.
Source: Le Figaro - Article rédigé par: Delphine Chayet
Selon le site Le Figaro...Ouvriers, cadres ou RMistes, hommes, femmes, jeunes, quinquagénaires ou retraités : qui sont les joueurs compulsifs ? Combien sont les intoxiqués aux jeux d'argent ? Pourquoi ont-ils sombré dans la dépendance quand d'autres résistent ?
C'est pour répondre à ces questions, et aux nombreuses autres qui se posent encore, que doit ouvrir l'an prochain à Nantes un centre de recherche spécialisé dans le jeu pathologique.
Il sera le premier du genre en France. «La dépendance aux jeux de hasard et d'argent est sortie de l'ombre en 2006, lorsque le mot a été écrit pour la première fois dans un plan gouvernemental, explique le Pr Jean-Luc Venisse, chef du service d'addictologie du CHU de Nantes et chargé de mettre en place cette future structure. Mais la recherche et la prise en charge de ces patients restent très insuffisantes.»
Quelque 600 000 personnes jusqu'à 1,5 million, selon certaines estimations lutteraient en France contre ce penchant destructeur. Mais aucune étude épidémiologique n'a jamais été menée sur ce problème social et de santé publique.
«Au moment où la France s'apprête, à la demande de la commission européenne, à ouvrir le jeu à la concurrence sur Internet, il était temps de disposer d'une photographie précise des joueurs excessifs», remarque Christophe Blanchard-Dignac, le président de La Française des jeux, qui cofinance le projet avec le PMU et l'hôpital de Nantes.
La convention de mécénat qui vient d'être signée garantit l'indépendance du centre et le dote d'un million d'€uros sur trois ans, budget qui permettra de recruter trois chercheurs. Ils étudieront les patients venus en consultation et élargiront leur recrutement aux endroits où les joueurs pratiquent.
Lorsqu'on regarde le cerveau d'un joueur compulsif, on voit qu'il n'allume pas les mêmes zones qu'un non-joueur dans la même situation, souligne le Pr Michel Lejoyeux, chef de service à l'hôpital Bichat et auteur de l'ouvrage Du plaisir à la dépendance (Éditions de La Martinière).
On est bien loin de comprendre tous les mécanismes et facteurs qui poussent une personne vers la dépendance et pas une autre, explique t'il. Cependant, cette addiction a des points communs avec celles des toxicomanes ou des alcooliques.
D'après les médecins, le joueur excessif n'a plus grand-chose à voir aujourd'hui avec le flambeur de casino qui liquidait autrefois sa fortune à la roulette ou au baccara. Depuis la démocratisation des machines à sous et des jeux de grattage, les femmes et les jeunes sont eux aussi concernés.
Et les consultations accueillent de plus en plus de patients issus de milieux modestes. Pour tous, l'addiction au jeu commence par un gros gain et s'installe parce que le joueur se croit maître du hasard.
Elle se finit le plus souvent en dépressions, tentatives de suicide et placement sous curatelle. «L'entourage, souvent entraîné malgré lui à prêter de l'argent, se trouve aussi très démuni», note le Pr Venisse, qui a créé un groupe de parole spécifique pour les familles.
Alors que moins de dix unités de soins sont spécialisées dans l'addiction au jeu en France, le centre médical de Nantes aura également pour mission de former les médecins au repérage des comportements à risque. À terme, il proposera un fonds documentaire sur la question, espère le Pr Venisse.
«Bien du chemin a été parcouru en trois ans», se félicite de son côté Me Gilles-Jean Portejoie, avocat d'un joueur excessif qui avait porté plainte en 2004 contre un casino de Vichy après avoir tout perdu aux machines à sous. La cour d'appel lui a donné tort deux ans plus tard mais, selon l'avocat, «le combat, symbolique, a permis de mettre en lumière le drame du jeu pathologique».